Comment se spécialise-t-on dans un domaine précis en traduction?
- Marie-Pier Isabel
- Traduction, Domaines de spécialité
Dernièrement, j’entends beaucoup de doutes quant à l’avenir de la traduction en tant que profession à l’ère de l’intelligence artificielle. Les langagiers et langagières d’expérience répondront probablement que l’opinion publique remet en question notre métier à chaque avancée technologique, que ce soit la démocratisation de l’ordinateur ou de l’accès à Internet, ou encore l’arrivée sur le marché des outils d’aide à la traduction, vers la fin des années 1990 et dans les années 2000. Pourtant, la demande en traduction n’a fait qu’augmenter pendant cette période.
Malgré ces faits, de nombreuses personnes conservent des craintes quant à l’avenir de la profession. À ces personnes, je répondrai qu’il faut surtout apprendre à se démarquer. Et pour ce faire, il existe différents moyens qu’on peut agencer ensemble pour optimiser les résultats. Il est possible, par exemple, d’adopter l’approche marketing et améliorer ses compétences de vente, de valoriser le rôle-conseil dans la profession ou, encore, de miser sur un domaine de spécialisation.
Mais comment s’approprier un domaine de spécialisation en tant que traducteur·trice?
Photo : Marica Romeo
Formation de base des traducteurs
Les personnes qui atterrissent dans des postes de traduction professionnelle arrivent de tous les horizons, mais il existe quand même un parcours dominant : les gens ont généralement suivi une formation universitaire en traduction, qu’il s’agisse d’un baccalauréat ou d’un diplôme de deuxième cycle.
Cette formation inclut habituellement divers cours d’introduction à des domaines de spécialisation, comme la traduction juridique, le domaine financier, la traduction littéraire, la traduction médicale, la traduction technique et scientifique et la traduction ou la transcréation dans le domaine publicitaire. Les étudiant·es ont alors la possibilité de se découvrir des intérêts particuliers, qu’ils et elles pourront approfondir au fil de leur carrière.
Formation/expérience antérieure
Beaucoup de personnes qui se lancent dans des études en traduction ont déjà fait des études dans d’autres domaines ou même déjà été sur le marché du travail. Ces personnes maîtrisent généralement déjà les concepts liés à un domaine de spécialisation et finissent souvent par traduire dans ce domaine, surtout s’il s’agissait d’un intérêt marqué pour elles.
Les personnes qui ont une formation et une expérience antérieure sont en général mieux outillées pour réellement comprendre le sujet qui leur est présenté dans le texte et pour en rendre effectivement le sens dans la langue d’arrivée. Mentionnons toutefois que ce n’est pas un passage obligé et qu’il y a d’autres moyens d’atteindre une maîtrise suffisante des sujets spécialisés pour bien traduire un texte, comme j’en traite dans les sections qui suivent.
Intérêt personnel
Un moyen de se spécialiser est de s’informer soi-même sur le domaine en question, en lisant des articles et des ouvrages de sources fiables, idéalement dans la langue vers laquelle on traduit, ou même en suivant des formations spécialisées qui n’ont pas directement trait à la traduction. De nos jours, l’Internet regorge de ressources spécialisées qui sont parfois très bien expliquées, pourquoi donc ne pas les exploiter?
Ce moyen de développer un domaine de spécialisation doit toutefois s’accompagner de moyens plus « conventionnels » de formation, comme des formations spécialisées en traduction dans ledit domaine ou la révision par un ou une collègue qui maîtrise ce domaine.
Formation spécialisée
Différentes organisations offrent des formations en traduction dans des domaines de spécialisation. On voit par exemple souvent des formations sur la traduction des contrats, sur la traduction administrative et sur bien d’autres sujets. C’est donc un moyen pour les « généralistes » d’intégrer la terminologie et certains concepts propres à un domaine de traduction – et ce sont parfois aussi de bons rappels pour les traducteurs et traductrices qui sont appelé·es à travailler dans ces domaines à l’occasion.
Ces formations sont d’excellents points de départ, mais comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est la pratique de la traduction et la rétroaction sur notre travail qui nous permettent de perfectionner nos compétences. L’apport d’un réviseur spécialisé dans le domaine convoité est donc crucial à la maîtrise dudit domaine.
Expérience en traduction
La clé de voûte de la maîtrise d’un domaine de spécialisation reste tout de même, selon moi, l’expérience concrète et la rétroaction sur le travail. Malheureusement, si on ne s’entoure pas de collègues qui maîtrisent et la langue et le domaine dans lequel on travaille, on n’acquiert pas complètement les compétences et les réflexes qui mènent à la production d’excellentes traductions.
La révision est un élément clé de la formation continue en traduction – elle nous permet de repérer des erreurs linguistiques qui seraient autrement passées inaperçues, elle nous permet de remarquer les tournures qu’on utilise trop souvent et elle nous permet de (re)découvrir des sources fiables à consulter pour de futurs mandats, mais elle nous permet aussi de confirmer notre compréhension de passages plus obscurs ou ambigus et de peaufiner notre maîtrise de sujets complexes, comme le droit de la famille ou le carcinome hépatocellulaire, pour ne nommer que quelques thèmes sur lesquels nous nous sommes penchés dans les derniers mois.
Je crois que tous les traducteurs et toutes les traductrices ont la capacité de se spécialiser. La question reste souvent le choix du domaine ou des quelques domaines qui les intéressent le plus, nombre de personnes choisissant la traduction pour combiner plusieurs intérêts qui vont un peu dans tous les sens.
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