Les coulisses de l’interrévision : là où une bonne traduction devient excellente

Une traduction ne s’arrête pas au dernier mot tapé au clavier. En contexte professionnel, elle passe souvent sous une autre paire d’yeux avant d’être livrée.

Cette étape, appelée interrévision, est l’un des meilleurs moyens d’assurer la qualité d’une traduction. Elle a aussi l’avantage de promouvoir le partage des connaissances au sein d’une équipe.

On imagine parfois les traductrices et traducteurs travaillant seuls, entourés de leurs dictionnaires et de leur chat somnolent. Si ce cliché a la peau dure, la réalité est tout autre. La traduction s’inscrit d’abord dans la réflexion, l’analyse… et la collaboration. Derrière un texte fluide, naturel et captivant se cache souvent un véritable travail d’équipe. Bien que méconnue, l’interrévision s’inscrit comme une étape clé du processus de traduction pour les équipes langagières.

Qu’est-ce que l’interrévision?

L’interrévision consiste à faire réviser une traduction par une ou un collègue après que le ou la traducteur·trice a terminé son propre processus de relecture. Ce second regard permet de relever des éléments passés inaperçus, de proposer des formulations plus naturelles et de valider les choix terminologiques.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’interrévision n’est pas réservée aux néophytes. Même les spécialistes les plus expérimentés profitent d’un regard neuf. Personne n’est complètement à l’abri d’une omission, d’un biais ou d’une formulation boiteuse.

Grimpeurs de bloc dont les partenaires ont les bras tendus pour le réceptionner en cas de chute.

Photo : Mark McGregor

Avant l’interrévision : les étapes d’une traduction professionnelle

Le processus cognitif qui permet la traduction est complexe. L’acte de traduire est multifacette et va bien au-delà du simple remplacement des mots d’une langue par ceux d’une autre. En effet, nous traduisons plutôt des concepts et des idées, qui nécessitent parfois de localiser des éléments culturels, soit de trouver un élément correspondant dans la région de destination du texte. Par exemple, on pourrait remplacer une mention du football en France par une mention du hockey en contexte franco-canadien, si bien sûr cela n’a pas de répercussions majeures sur l’esprit du texte. C’est donc le transfert de sens qui est assuré.

Avant même qu’un texte soit soumis à une ou un collègue, il passe par plusieurs étapes.

1.     La traduction

Le texte est traduit en tenant compte du contexte, du public cible, de la terminologie et des conventions propres au domaine.

2.     La relecture comparative

Le traducteur ou la traductrice compare ensuite son travail au texte source afin de vérifier que tous les éléments de sens ont été fidèlement rendus.

3.     La relecture unilingue

Le texte source est alors mis de côté. L’objectif devient de lire la traduction comme un texte original : les phrases sont-elles naturelles? Le style est-il fluide? Le vocabulaire est-il approprié? Cette étape permet de produire un texte qui donne l’impression d’être un original plutôt qu’une traduction.

4.     La vérification de la mise en page

Enfin, on vérifie les éléments visuels : la typographie, les tableaux, les figures, les couleurs, les polices, l’alignement et l’ensemble de la présentation.

Ce n’est qu’après toutes ces étapes qu’on arrive à celle de l’interrévision.

Pourquoi compter sur un second regard?

L’interrévision apporte bien plus qu’une simple vérification supplémentaire.

Un second regard permet souvent de repérer une nuance oubliée, une légère incohérence terminologique ou une formulation qui pourrait être plus idiomatique. Il arrive aussi qu’une phrase soit parfaitement correcte du point de vue grammatical ou syntaxique, mais qu’une autre formulation soit tout simplement plus élégante ou plus naturelle.

Prenons un exemple. Une traductrice choisit un terme tout à fait juste pour désigner un concept technique. Lors de l’interrévision, son collègue remarque que le client utilise systématiquement un autre terme dans ses documents. En harmonisant la terminologie, on améliore la cohérence de l’ensemble de la documentation.

L’interrévision ne consiste donc pas uniquement à relever des erreurs; elle permet d’améliorer la qualité globale du texte.

Un moteur d’amélioration continue

Le processus d’interrévision présente des bénéfices qui dépassent largement le texte lui-même.

Partage des connaissances

Chaque mandat est une occasion d’apprentissage. On peut découvrir une nouvelle ressource terminologique, une tournure plus idiomatique ou une convention propre à un domaine de spécialité. Ces apprentissages profitent autant à la personne qui reçoit les commentaires qu’à celle qui les formule.

Développement d’une communication constructive

L’interrévision doit être fondée sur des échanges où la bienveillance, la transparence et le respect sont de mise. Formuler un commentaire pertinent demande de réfléchir à ses choix linguistiques et de les justifier, tandis qu’accueillir les suggestions avec ouverture favorise le perfectionnement professionnel.

Progression continue : vecteur de motivation

Même après plusieurs années d’expérience, affiner sa pratique reste toujours possible. Recevoir de la rétroaction, découvrir d’autres façons d’exprimer une idée ou remettre en question certains automatismes permet d’éviter que nos compétences et notre motivation ne plafonnent. Quoi de mieux que de sentir sa compétence se développer chaque semaine?

Concrètement, comment se déroule l’interrévision?

Chaque membre d’une petite équipe porte souvent plusieurs chapeaux. Selon les projets, une même personne peut être traductrice, réviseuse ou responsable de la relation client.

Une fois la traduction et les premières révisions terminées, le document est transmis à une ou un collègue qui effectue l’interrévision, généralement en utilisant la fonction de suivi des modifications. Les changements proposés sont ensuite examinés : certains sont adoptés, d’autres donnent lieu à une discussion. Une relecture finale, accompagnée d’une vérification dans un correcteur comme Antidote, permet ensuite de livrer un document soigné jusque dans les moindres détails.

Cette collaboration transforme chaque projet en occasion d’apprentissage pour toute l’équipe.

Un contrôle de qualité survolté

L’interrévision est souvent invisible pour le client, mais elle fait toute la différence. Elle améliore la qualité des textes, favorise l’uniformité terminologique, enrichit les compétences de chaque membre de l’équipe dans une relation d’aide réciproque et s’inscrit comme un important facteur de motivation.

En traduction, les meilleurs résultats sont rarement le fruit d’une seule personne. Ils naissent d’un dialogue entre des spécialistes qui mettent leur expertise en commun afin de produire des textes justes, naturels, adaptés à leur public et à leur clientèle.

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