L’écriture inclusive, c’est quoi?

Le signe d’une excellente rédaction inclusive est qu’elle passe presque inaperçue. Mais quelles sont les techniques pour y arriver?

L’écriture inclusive a été un sujet chaud dans les dernières années, et les éléments les plus mentionnés quand on en parle avec des néophytes sont les nouveaux pronoms, les nouveaux accords et les nouvelles formes utilisés pour inclure les personnes qui ne s’identifient pas aux deux genres traditionnellement admis dans la société occidentale.

Ces néologismes choquent souvent les gens parce qu’ils les sortent de leur zone de confort, mais il existe aussi de nombreuses autres techniques de rédaction inclusive et, lorsque ces techniques sont bien employées et bien agencées entre elles, l’écriture inclusive demeure fluide et facile à lire en donnant de la visibilité à tous et à toutes.

Je traiterai ici des techniques les plus fréquemment abordées, que l’on divise en trois catégories, selon leur fonction :

  • Rédaction épicène

  • Féminisation

  • Écriture non binaire

Crédit photo : Olivier Piquer

Rédaction épicène

La rédaction épicène a pour objectif premier la neutralité. On ne favorise ni le masculin ni le féminin. C’est souvent un défi en français en raison des accords des adjectifs et du participe passé, des pronoms et des déterminants. Les stratégies à adopter reposent donc sur des termes épicènes, des noms communs et des noms neutres ainsi que des restructurations de la phrase.

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Termes épicènes, noms communs et noms neutres

La première technique consiste à utiliser des noms qui sont déjà neutres en genre (épicènes) ou qui englobent un groupe de personnes. Il s’agit parfois d’équivalents de sens plutôt que de synonymes directs.

  • Cadre (pour « administrateur » ou « administratrice »)

  • Le personnel ou les membres du personnel (pour « les employés et employés »)

  • L’équipe de recherche (pour « les chercheurs et les chercheuses »)

  • Tous les noms formés avec les suffixes –logiste et –logue (anthropologiste, cardiologue)

  • Tous les noms formés avec le suffixe –aire (fonctionnaire)

Il existe encore bien d’autres exemples, et cette stratégie peut aussi être appliquée pour les adjectifs :

  • Dynamique (plutôt que « actif » ou « active »)

  • Spécialiste (plutôt que « expert » ou « experte »)

Il est possible de trouver en ligne des listes de termes neutres et épicènes, notamment celle de la Banque de dépannage linguistique de l’OQLF, l’Inclusionnaire du Portail linguistique du Canada et la liste du dictionnaire USITO.

Remaniement des temps et de la structure de la phrase

Une autre technique employée pour neutraliser une phrase est d’en modifier la structure pour éliminer les accords de genre. On peut donc inverser le sujet et le verbe ou le complément de manière à transmettre le même message sans laisser transparaître le genre des sujets.

Les étudiants et les étudiantes étaient ravis et ravies de commencer une nouvelle session.

Le début de la nouvelle session ravissait le corps étudiant.

Ce sont les deux principaux procédés utilisés pour rédiger de manière épicène. Il est beaucoup plus facile de les intégrer dès le départ que de modifier des phrases entières en révision, même si c’est possible. Il est aussi très ardu d’appliquer les techniques de rédaction épicène à tout un texte, et c’est là qu’entre en scène une autre catégorie de techniques : la féminisation.

Féminisation

La féminisation est le fait de donner de la visibilité au genre féminin dans le texte là où les règles grammaticales « traditionnelles » du français privilégieraient le masculin. On peut y arriver par différentes techniques, notamment l’utilisation de doublets, de doublets tronqués, ou le fameux point médian, les accords de majorité et la féminisation ostentatoire.

Doublets

Pour utiliser un doublet, il n’y a qu’à répéter le féminin et le masculin.

  • Les chercheurs et les chercheuses ont rédigé un rapport.

  • Les étudiantes et les étudiants passent un examen.

Cette technique allonge et alourdit parfois le texte, mais il est possible d’abréger les mots en recourant à une troncation, en utilisant par exemple le point, le point médian, les parenthèses, le trait d’union ou la majuscule :

  • Les étudiant.e.s (ou les étudiant.es)

  • Les étudiant·es

  • Les étudiant(e)s

  • Les étudiant-es

  • Les étudiantEs

On rencontre aussi parfois d’autres signes typographiques, mais le principe reste le même.

Sachez qu’il est déconseillé d’utiliser les doublets tronqués pour les mots dont la terminaison féminine ne se forme pas comme la terminaison masculine. C’est le cas entre autres pour les mots à terminaison en -er qui donnent -ère au féminin (« infirmier » et « infirmière », « infirmier·ère »).

Un des inconvénients souvent mentionnés pour le doublet tronqué est qu’il nuit à la lisibilité du texte et à la reconnaissance des mots par les systèmes de synthèse vocale. Il faut donc l’utiliser avec parcimonie et vérifier la volonté du client d’adopter cette technique.

Accords de majorité

Une technique de féminisation courante au Québec est l’accord de majorité. C’est le fait d’accorder un terme représentant un groupe de personnes selon le genre majoritaire au sein de ce groupe. Pour l’appliquer, on omet ainsi le principe du masculin qui l’emporte sur le féminin. On trouvera donc des phrases comme : « Les infirmières vont travailler. », ou « Les enseignantes dirigent le groupe d’élèves. », puisqu’on sait que les soins infirmiers et l’enseignement sont des professions à majorité féminine.

Féminisation ostentatoire

La féminisation ostentatoire vise la recherche d’une forme féminine marquée, tant à l’écrit qu’à l’oral.

On parle alors de choisir la forme « autrice » plutôt que « auteure ». Ou tout simplement de l’utilisation du féminin « mairesse » au Québec, alors que « madame la maire » est toujours d’usage en France. On pourrait répéter l’exercice pour de nombreux titres de profession.

Les adeptes de cette technique ont recours à des termes utilisés ailleurs dans la francophonie, à des mots qui ont déjà existé par le passé, à des néologismes ou à des synonymes (p. ex., « la magistrate », plutôt que « la juge »).

Il existe aussi d’autres techniques de féminisation, mais ce sont les principales que nous manions au quotidien pour donner de la visibilité aux femmes dans nos textes.

Écriture non binaire

L’écriture non binaire permet de donner de la visibilité aux personnes qui ne s’identifient pas aux genres traditionnellement admis dans la société occidentale. Il est à noter que plusieurs autorités linguistiques déconseillent ces techniques au profit de la rédaction épicène, mais nous considérons qu’elles ont parfois leur place, surtout lorsqu’un texte traite d’une personne non binaire.

Les techniques liées à l’écriture non binaire comprennent l’utilisation de néologismes et les doublets tronqués.

Néologismes

Un néologisme est un mot nouvellement créé ou introduit dans une langue, ou encore un mot existant auquel on donne un nouveau sens, généralement pour décrire une situation pour laquelle aucun mot n’existait dans la langue concernée.

Dans le cas qui nous occupe, on retrouve des néologismes dans différentes catégories de mots :

Noms

  • Frœur (combinaison de « frère » et de « sœur » servant à décrire un·e membre non binaire d’une fratrie)

  • Adelphe (terme épicène d’origine grecque servant à décrire un ou une membre de la fratrie)

  • Adelphie (synonyme de « fratrie » ou de « communauté »)

Pronoms

  • Iel

  • Ille

  • Elleux

  • Ceuxes

Déterminants

  • Man, tan, san

  • Cès (pour « ce », « cet » ou « cette »)

  • Lo (pour « la » ou « le »)

On trouve aussi des néologismes dans les suffixes employés pour les noms non épicènes :

  • Suffixe « x » (terminaison au féminin en -ie, -le, -che, -que, -te, -de, -ve); p. ex., grex (pour « grec·que »), généralx (pour « général·e »), granx (pour « grand·e »), craintix (pour « craintif·ve »)

  • Suffixe « aire » ou mot-valise (combinant les deux accords) pour les mots en -ice au féminin; p. ex., traductaire ou traducteurice (pour « traducteur·trice »)

Je me limite à ces quelques exemples, mais il existe beaucoup d’autres pronoms, déterminants et terminaisons pour rendre la réalité non binaire. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter le document sur la grammaire neutre d’Egale, un organisme de défense des intérêts LGBTQ+ pancanadien. La section Ressources du site Web d’Egale contient aussi différents documents pertinents pour qui souhaite approfondir ses connaissances sur l’écriture non binaire.

Doublets tronqués

Un autre procédé souvent utilisé en écriture non binaire est le doublet tronqué, qui est abordé dans la section Féminisation de ce texte. Ici, il ne sert pas à inclure plusieurs personnes aux genres différents, mais bien à décrire une seule personne qui ne s’identifie pas aux deux genres traditionnels. On écrira par exemple : « Iel est actif·ve. »

Comme je l’ai mentionné en introduction de ce billet, l’écriture inclusive se compose de chacune des trois catégories de techniques présentées ici. On mentionne souvent comme inconvénient à ces techniques le fait qu’elles nuisent à la lisibilité et qu’elles alourdissent le texte, mais je crois qu’en apprenant à bien les manier, il est possible de créer des textes bien rédigés qui ne sont pas plus difficiles à lire qu’un texte non inclusif. J’estime que nombre de ces plaintes relèvent surtout d’un manque d’exposition à ce type de rédaction (comme c’est le cas pour de nombreux autres changements grammaticaux, pensons simplement aux rectifications de l’orthographe de 1990 ou aux modifications à l’accord du participe passé qui sont proposées depuis quelques années). Bref, je prône l’utilisation élargie de ces techniques pour inclure les personnes qui sont invisibilisées par les règles de rédaction dites « traditionnelles ». Plus on y aura recours, moins elles nous dérangeront.

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Références

Bureau de la traduction, Services publics et Approvisionnement Canada. (2024). Inclusionnaire : recueil de solutions inclusives. Clés de la rédaction. https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/cles-de-la-redaction/ecriture-inclusive-inclusionnaire.

Egale. (s.d.). Grammaire de genre neutre et langage inclusif. https://egale.ca/fr/awareness/grammaire-de-genre-neutre-et-langage-inclusive/.

Guilbault Fitzbay, M. (2021). Apprendre à nous écrire : Guide et politique d’écriture inclusive. (1re édition). Les 3sex* et Club Sexu.

Office québécois de la langue française. (2019). Liste de termes épicènes ou neutres. Banque de dépannage linguistique. https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/25465/la-redaction-et-la-communication/feminisation-et-redaction-epicene/redaction-epicene/formulation-neutre/liste-de-termes-epicenes-ou-neutres.

Université de Sherbrooke. (s.d.). Noms épicènes. Usito. https://usito.usherbrooke.ca/index/noms/%C3%A9pic%C3%A8nes#a.

Zacour, S. et Lessard, M. (2017, 7 mars). Parler féministe. Esprit libre. https://revuelespritlibre.org/parler-feministe